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Aurélien COLLET - sa première Diagonale des Fous

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Sébastien Camus

Récit d'Aurélien COLLET
3e à la Diagonale des fous 2014 en 27h 24min 53s


Mon premier ultra, j’ai couru 27h24 donc le récit sera long, prévoyez des pop-corn pour éviter une hypo.
La Diagonale des Fous, quelle douce idée de rejoindre Saint Pierre à Saint Denis, soit la traversée de l'île du Nord au sud en 175 km et 10500 D+.
Voila quelques mois que la date du 23 octobre 2014 résonne dans ma tête, comme un compte à rebours qui se serait mis en route dans le courant du mois de juin.

C’est à partir du 1er septembre que cela devient une obsession pour moi ! Arriver au bout de la diagonale en moins de 30 heures !!!
Je n’ai jamais réalisé une telle distance, ça me fait flipper, tout comme passer deux nuits dehors. C’est donc en avalant 900 km et 30000 D+ en 5 semaines que je vais m’auto-persuader que j’y arriverai.
Nous voila donc arrivés à la Réunion en compagnie d’une partie du Team Hoka en la présence de Julien Chorier, Renaud Rouanet, Ludovic Pommeret, Véronique Chastenet, Patrick Bohard et le local de l’étape Pascal Blanc sans oublier Thimotée Nalet, reporter de choc qui immortalisera cette aventure.
La veille du départ vient l’heure du retrait du dossard, une première immersion dans la course ou reigne une ambiance bon enfant et conviviale où j’ai le plaisir de retrouver Sebastien Nain qui faisait parti de l’aventure GR20.
Une fois le dossard en poche et le contrôle antidopage effectué il est temps d’aller profiter de la dernière nuit de repos.

Jeudi, c’est le grand jour, un changement étrange se passe en moi, en flippe depuis des semaines quant à l'idée d’affronter ce trail mythique je sors de ma sieste vers 17h avec un sentiment de sérénité totale, plus de stress, plus d'appréhension, comme si c'était devenu une évidence...

22h15, me voila dans le sas de départ, en 5ème ligne environ, devant j'aperçois les cadors de la discipline, le plateau est très relevé cette année avec la présence de François d’Haene, Iker Karrera, Javier Dominguez, Jason Schlarb, Xavier Thévenard, Stephano Ruzza, Tsuyoshi Kaburaki, Gediminas Grinius, Antoine Guillon, Freddy Thévenin, Didier Mussard, Cyril Cointre, Christophe Le Saux, David Pasquio, Fabrice Armand...bref du très lourd !

22h30, le départ est donné, je me sens poussé par les 2500 concurrents derrière nous, ça se bouscule, il faudra quelques centaines de mètres avant d’étirer le peloton et pouvoir courir sereinement.
Les premiers kilomètres sont très roulants, j’adopte un rythme prudent mais efficace jusqu'à rejoindre le groupe de tête constitué de 8 coureurs, nous parcourons 12 km sur la première heure. Des journalistes en quad et en moto viennent prendre la température du groupe, les favoris sont cités mais ils ne me connaissent pas, cette situation me fait rire, ils n’arrivent pas à voir mon numéro de dossard car je m’amuse à me cacher derrière un coureur pour ne pas qu’ils puissent lire mon numéro jusqu'à ce qu’ils me le demandent, 2235 ! on s’amuse comme on peut hein

Les pentes deviennent plus raides, Iker mène le bal sur un rythme très, trop raisonnable, j’hésite longtemps avant de le dépasser, je n’ose pas... puis je me lance, les jambes sont bonnes donc pourquoi se priver ! Des écarts commencent à apparaître et me voilà seul avec François et Iker, quand je réalise, je suis pris d’une montée d’émotion et de bonheur qui ne sont pas loin de me faire couler une larme... Punaise mais qu’est-ce que je fais ici avec deux des meilleurs mondiaux de l’ultra ?!?!

Nous arrivons sur le premier ravito prévu au km 24 en 2h30, Virginie et toute l’équipe des ravitailleurs du team prennent soin de moi, manger, boire, faire le plein des réserves en eau et en alimentation puis je repars seul, assez loin de la tête de course car il me faudra 1h pour revenir sur eux, les dépasser, puis partir seul avec François, je ne vous raconte même pas le kiff que c’était !

Nous gardons notre petit rythme en papotant et plus nous avançons et plus la pluie est dense pour arriver sous des trombes d’eau à Mare à boue au 50 ème kilomètre en 5h21. Ce ravitaillement est important car il faudra monter le Kerveguen soit 700 D+ juste après.

Donc en plus du ravitaillement classique, j’enfile une veste étanche puis change préventivement la batterie de la Frontale Ferei HL20 qui m’impressionne par sa puissance et son autonomie.
François m’attend à la sortie du ravitaillement, MERCI, à deux ça sera plus sympa pour affronter ces conditions dantesques !

Une fois au sommet le jour fait son apparition, nous tournons en rond quelques instants sur un balisage un peu soft avant d’entamer la descente vers Cilaos, une descente hyper technique, glissante avec des passages en échelle.

Je prends rapidement une belle bûche avec plus de peur que de mal mais qui refroidit mes ardeurs, du coup François disparaît, et j'essaie de gérer cette descente sans bobo.
Pour le ravitaillement à Cilaos, au km 65, après 7h50 de course, je retrouve Sébastien et Audrey, les propriétaires du Gîte “L'échappée Belle” à Entre deux (que je vous recommande) où nous sommes hébergés.

S’en suit 4 km de route pour rejoindre le “bloc”, ceci annonçant une longue ascension de 6 km pour 1100 D+. J’entame cette bosse avec de bonnes jambes, ceci me permettant de revoir François et de partager un bout de chemin supplémentaire en sa compagnie.
Passé 2300 m d’altitude, je commence à avoir du mal à suivre, il est temps pour moi de rentrer dans une phase de gestion plus raisonnable jusqu’au sommet à 2500 m.

Là-haut les conditions sont exécrables, la pluie tombe horizontalement, heureusement la météo et surtout la température s’adoucit au fur et à mesure d’une descente hyper rocheuse.

Me voilà enfin à Hell-Bourg, il y fait bon et ça fait du bien de voir toute l’équipe pour le ravitaillement du km 87 atteint en 11h28, je prends mon temps, changement de chaussures, chaussettes, tee shirt et petit gobelet de pâtes avant d’entamer 10 km d'ascension pour 1220 D+.

Iker me double dès le pied à une belle cadence, pour ma part, la fatigue pointe le bout de son nez donc pas d'excès de zèle ! Il me faudra tout de même 2h pour atteindre le sommet avant de basculer dans le célèbre cirque de Mafate. Ici le climat change du tout au tout, le terrain devient sec et les températures grimpent. Ludo me rattrape à Marla au km 106 atteint en 15h03min. Ça fait du bien de se retrouver à deux ! du coup le rythme redevient plus dynamique, nous traversons Mafate ensemble jusqu’à Roche Plate où l’on nous annonce avoir repris une dizaine de minutes sur Iker, punaise, ça fait du bien à entendre !

Me voila remotivé à bloc ! Sauf que mon cerveau court-circuite les 70 bornes restantes et me voilà parti comme un cabri dans le Maido, un mur de 915 D+. La première moitié d'ascension se passe bien, mais très vite l’organisme me rappelle que déjà 110 km ont été parcourus.

J'entends la foule acclamer François qui passe au sommet, ça semble si proche... les hélicoptères donnent une position approximative des coureurs.
La vue sur le cirque de Mafate est grandiose, le vide à notre droite est vertigineux, la sensation de volume en surplomb de ce cirque nous rappelle à quel point nous sommes minuscules !
L’allure sur la seconde moitié est donc plus soft, par conséquent Ludo me reprend et nous franchissons le sommet après 1h08 d'ascension.

S’en suit un long chemin sur une crête constituée d'innombrables montées/descentes très courtes mais usantes. Je paie l’effort inutile effectué au pied du Maido, je le regrette d'ailleurs, comment au bout de 115 bornes j’ai pu décider d'accélérer alors qu’il en reste 60... c’était idiot !

Bref maintenant il va falloir gérer, Ludo a encore des jambes... lui... du coup il me lâche dans la longue descente de 18 km qui nous ramène sur la côte en passant par Ecole Sans Souci où je m'égare pour perdre une petite dizaine de minute, mais une cuisse de poulet m’attend au ravitaillement, un moment simple mais c’est tellement bon de croquer et sentir la peau grillée... hummm, bon c’est pas pour autant que je retrouve des jambes toutes neuves !

Ensuite je traverse la rivière des galets, je traverse des ravines qui se rapprochent plus de l’accrobranche que du trail, et j’arrive au ravitaillement de la Possession où règne une ambiance folle !
MI AIME ZOT TOUT !!!

J'apprends l’abandon de Iker, me voilà sur le podium, pfiou !!!
Puis arrive le chemin des Anglais, quelle horreur !
Pour ceux qui ne connaissent pas, il s’agit d’un chemin empierré avec des pentes de 20%. Le problème étant que les pavés sont posés dans une logique que seul le rhum peux faire comprendre, bref c’est le bordel, je n’avance plus, la montée après le ravitaillement de la Grande Chaloupe au km 159, a raison de moi, je m’accroche au muret pour garder un équilibre précaire, j’ai faim, mais le sucré m’écoeure, je n’avance plus, mes deux muscles des releveurs sont inflammés, çà fait mal et je m’étonne de ne pas voir le 4ème me rattraper.

A la fin des pavés m’attend un journaliste sur une moto, ça fait un bien fou de voir quelqu’un et de papoter un peu, d'autant qu’il me parle de Spok, mon fidèle compagnon d'entraînement.
Voilà mon toutou est connu à la Réunion
J'essaie de conserver une marche active, maintenant il va falloir monter le Colorado, l’ultime bosse avant la délivrance, le chemin est étroit et pentu, mes forces m’abandonnent, certains passages se font à quatre pattes, je glisse, les jambes ne répondent plus... Au loin j’aperçois le sommet qui se dessine dans la nuit, c’est encore loin !

Il me faudra 2h10 pour parcourir les 9 km, une horreur avant d’atteindre le sommet mais un soulagement de savoir l’arrivée à seulement 4 km.

Mais voilà que le mauvais temps s’en mêle, d’abord de fortes rafales de vent puis une pluie de plus en plus violente, me voila dans le nuage. Je n’ai plus aucune visibilité, le balisage est trop léger pour pouvoir apercevoir la prochaine rubalise dans cette purée de pois. Je tourne en rond à la recherche de mon chemin dans un grand pré. J’aperçois une tente, pas le choix je dois réveiller les occupants et encore une fois ressort toute la sympathie des Réunionnais, le mec enfile une paire de basket et me ramène sur le chemin, si tu lis ceci : Mille Merci !

Dans l’affaire je perds exactement 9 min.
Le problème est que j'aperçois le halo lumineux de la frontale du Lituanien plus bas, il a reconnu cette ultime descente et a réussi à trouver son chemin sans hésiter.
Je suis dépité, résigné, je viens de perdre le podium après 27 h de course.
J’avance péniblement dans cette descente boueuse et technique jusqu’à croiser un spectateur, en pleine nuit seul sous la pluie qui me dis :
“Aller, aller, c’est à même pas 5 min devant ! “
Cette phrase ne fais qu’un tour dans ma tête ! Une improbable montée d’adrénaline se produit, je n’ai plus aucune douleur et je retrouve les jambes du début de course. Je passe la Ferei HL20 en pleine puissance et je me mets à dévaler les pentes comme un cabri, je cours, je glisse et je relance sans cesse. J'aperçois les lumières de la ville, le stade de la délivrance approche. Je m’impressionne tout seul à la vitesse à laquelle je descends, comment c’est possible ? J’arrivais à peine à marcher il y a encore quelques minutes !

Voilà le lituanien deux lacets en dessous, j'accélère encore, la notion de risque n’existe plus ! Je fonce sur lui en quelques secondes avant de le doubler en lui glissant une petite phrase qu’il n’a sûrement pas compris :
“Je reprends ma place !!!”
Les derniers lacets se court dans un ruisseau tellement la pluie bas son plein , j’ai l’impression que l’eau est chaude, c’est agréable.
Une fois en bas il ne reste plus que quelques hectomètres avant de rentrer dans le stade et franchir la ligne d’arrivée tant attendue.

Une fois la ligne franchie, toutes les douleurs reviennent d’un seul coup, je peine à tenir debout mais le travail est accompli ! Je suis heureux !
Je tiens vraiment à profiter de ce récit pour profondément remercier tout ceux qui m’ont soutenu, encouragé et porté dans ce défit de FOU, que ce soit ici sur facebook ou sur le terrain en m’encourageant.

Un grand merci au team Hoka qui me permet de vivre des moments magiques, à Ferei pour m’avoir donné ce “phare” au dernier moment. Au staff de notre équipe de ravitailleurs et bien sur à Virginie qui supporte ces centaines d’heures d'entraînement à longueur d’année .

A bientôt pour de nouvelles aventures.

Aurélien COLLET

Voir aussi : Récit de Sébastien CAMUS





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